Espagne

Vers un front de gauche en Espagne?

Pablo Iglesias, le leader de la formation de gauche Podemos propose de former un gouvernement d’union avec le parti socialiste

Un coup de théâtre a réveillé, vendredi, avec fracas le microcosme politique. En l’absence de majorités claires à l’issue des législatives du 20 décembre – une trop courte victoire de la droite –, les partis politiques pataugeaient depuis un mois dans d’épineuses négociations pour former un gouvernement. Or, à la surprise générale, Pablo Iglesias, le leader des «indignés» de Podemos qui a fait une entrée fracassante à la chambre des députés avec 69 sièges, a proposé solennellement devant le roi Philippe 6, le chef de l’État espagnol, un gouvernement issu d’une alliance entre son parti et les socialistes, qui avec 90 députés constituent la deuxième formation du pays, derrière le Parti populaire (PP) et ses 120 sièges.

Au pouvoir depuis 2011, le conservateur Mariano Rajoy a quelque peu redressé la situation économique et réduit un chômage considérable – environ 25% de la population active –, mais n’a pu éviter ni la casse sociale induite par les mesures exigées à Bruxelles ni la paupérisation des classes populaires et moyennes. «C’est cette politique d’austérité que nous voulons infléchir avec les socialistes, a martelé Pablo Iglesias. Nous faisons un pas en avant pour mettre fin aux néfastes potions libérales du Parti Populaire». Le jeune leader à la queue-de-cheval entend ainsi constituer une sorte de «front de gauche», sur le modèle du Portugal où, à l’automne, l’alliance entre socialistes, communistes et «indignés» du Bloque ont détrôné le centre-droit de Passos Coelho.

A première vue, cette alliance à l’espagnole a des chances de succès. Hier, peu après l’initiative de Podemos, le fringuant chef de file socialiste Pedro Sanchez a estimé que «nos électeurs ne comprendraient pas que nous refusions cette offre». Depuis le 20 décembre, Pedro Sanchez s’obstinait à refuser une coalition à l’«allemande», c’est-à-dire un pacte d’union nationale qui réunirait les socialistes et les conservateurs du PP. Il tendait en revanche la main à Pablo Iglesias en proposant une alliance de gauche. Mais ce dernier posait une condition inacceptable aux yeux des socialistes: la tenue d’un référendum d’autodétermination en Catalogne. Or, hier, Pablo Iglesias a renoncé à cette exigence.

Même si Pedro Sanchez a accepté à demi-mot l’offre de Podemos, rien n’est joué pour autant car de nombreux écueils subsistent. Tout d’abord, il faudra attendre la tentative d’investiture de Mariano Rajoy, logiquement vouée à l’échec car ne bénéficiant que de l’appui des centristes de Ciudadanos. Ensuite, le leader socialiste doit faire face à deux exigences de Podemos: la vice-présidence pour Pablo Iglesias et la création d’un ministère ayant pour vocation de reconnaître le principe de l’autodétermination pour le pays basque et la Catalogne. Enfin, et surtout, la prévisible levée de boucliers de nombreux barons socialistes pour qui l’offre des «indignés» est envenimée car elle aboutirait, à terme, à leur affaiblissement. «Il faut bien comprendre que Podemos et le parti socialiste ne sont pas des alliés naturels, mais des adversaires qui visent le monopole du centre-gauche, souligne l’analyste Rafael de Miguel. La partie d’échecs a réellement commencé».

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