La qualité plutôt que la quantité. La viande «qui sent l’herbe», une fois de temps en temps, comme une fête du palais, plutôt que la bidoche industrielle et insipide au quotidien, comme une plaie. Le Loup aime la chair fraîche qui a une vigueur et une saveur. Mais, paradoxalement, il le dit dans un spectacle qui en manque. Chemise à carreaux, tablier blanc, Thierry Jorand est crédible dans le rôle d’un boucher au seuil de la retraite qui passe le relais à son beau-fils (Cédric Simon). Sa boucherie, dessinée et réalisée par Eric Jeanmonod, fonctionne elle aussi très bien avec ses catelles immaculées, sa tête de sanglier et ses jambons alignés. Quant à Sandro Rossetti, il donne à ses multiples personnages (une psy, un vendeur de viande, un vampire, etc.) son profil à lui, attachant et décalé. Mais les tableaux, réalistes ou surréalistes, s’enchaînent sans que la sauce prenne. Sans que le feu de la thématique – le commerce de la viande équivaut aujourd’hui à un empoisonnement cynique et généralisé – n’embrase la scène. Comme si les comédiens manquaient de conviction et de sang frais. On a beau souscrire au message, on reste orphelin d’une proposition «emballé, c’est pesé».