«Fluet, de taille moyenne, la figure assez vulgaire […], il avait constamment un cigare de cinq sous à la bouche.» En croisant Ponson du Terrail dans la rue, selon ce contemporain, on n’aurait pas pu deviner qu’il était vicomte, et encore moins qu’au fond de lui bouillaient des rêves de chevalerie impropres à son temps. Sa plume très agile lui a permis d’épancher cette soif de grandeur. Et de faire de lui un écrivain très riche, dont la notoriété s’est étendue bien au-delà de Paris.

Pierre Alexis de Ponson naît en 1829 dans le Dauphiné. Sa famille maternelle s’est attribué la particule «du Terrail» pour suggérer une filiation avec le chevalier Bayard. Loin d’en rougir, le jeune écrivain l’accole à son nom. Une faille que ses détracteurs, qui croissent au fur et à mesure qu’il devient célèbre, vont exploiter: les sobriquets passent de Ponson du Travail à Bonbon du Sérail… Outre la jalousie et le mépris que réservent les gens de lettres au feuilleton, on lui reproche aussi son attachement au bonapartisme. Il est vrai que son parcours épouse la chronologie du Second Empire. Contre-révolutionnaire en 1848, il est fidèle jusqu’au bout à Napoléon III. En 1870, il va jusqu’à lever une milice, rapidement défaite, contre l’envahisseur allemand. Réfugié à Bordeaux, Ponson du Terrail meurt quelques semaines plus tard. Des fièvres du maquis ou de la petite vérole, personne n’a jamais pu trancher.