Quand il s'agit de leurs politiciens, les Français sont revenus de tout. Savoir que certains élus trompent leur conjoint ou prennent de la drogue ne les surprend pas. Plus étonnant est le fait que ces travers - réels ou supposés - ont été observés durant des années par les Renseignements généraux (RG). Leur patron de 1992 à 2004, Yves Bertrand, notait ragots et renseignements dans de petits carnets, dont le contenu a été divulgué jeudi par Le Point.

Drôle d'institution que les RG: une sorte de police politique, chargée à la fois de traquer les réseaux islamistes, d'analyser le malaise des banlieues ou de faire des fiches sur les personnalités en vue. Dans les cahiers d'Yves Bertrand, on trouve un extrait d'écoute téléphonique entre la première femme de Nicolas Sarkozy et une amie. «Il est question d'adultère», écrit pudiquement Le Point.

Le directeur des RG s'intéressait aussi au créateur des Guignols de l'info, Bruno Gaccio, visé par une enquête sur un trafic de stupéfiants - qui ne donnera rien - après que ses marionnettes ont énervé Jacques Chirac. Scandaleux? Yves Bertrand ne le croit pas. Récolter des informations compromettantes avant qu'elles ne deviennent publiques, puis les transmettre au sommet de l'Etat, était sa mission: «Cela veut dire que j'étais bon», explique-t-il.