Portrait

Viktor Orban, un forban islamophobe en Europe

Le premier ministre hongrois avertit à l'ONU que la crise des migrants va déstabiliser l'Europe 

Viktor Orban a juré de dire ses vérités à l’Europe décadente et aveuglée par l’islam. Amené à s’exprimer mercredi lors de l’assemblée générale des Nations unies à New York, il a utilisé cette tribune internationale pour dénoncer le péril musulman qui menace l’Europe avec l’arrivée massive des réfugiés de barbarie. Comment retrouver dans ce tribun haineux et sectaire, le jeune homme épris de démocratie qui courageusement a appelé en 1989 au départ des troupes soviétiques de son pays et à la tenue d’élections libres? Un quart de siècle sépare les deux prises de position, manifestement, Viktor Orban a mal vieilli. Sous l’angle du combat démocratique au moins.

Extraits de son discours à l’ONU:

Arrivé au pouvoir en avril 2010, Viktor Orban, le leader du Fidesz ou comme ses détracteurs l’appellent parfois, le «viktator», a d’abord annoncé sa volonté d’ériger un mur contre les tentations néo-fascistes. Les démocrates hongrois se sont un temps réjouis de l’arrivée d’un homme à poigne au poste de premier ministre: son ancrage à droite lui permettait mieux qu’aucun autre politicien hongrois de contrer les thèses de l’extrême-droite du Jobbik, le parti ouvertement néo-nazi, arrivé troisième lors des élections législatives de 2010, avec près de 17% des voix, (derrière le parti socialiste qui avec 19,2% des suffrages perdait sa majorité, et le Fidesz, grand gagnant du scrutin avec 52% des voix).

Lois liberticides

Mais très vite, les espoirs de voir le Fidesz constituer un rempart contre l’extrémisme ont été douchés. Viktor Orban fort de sa confortable majorité parlementaire s’affairait à façonner la Hongrie à sa mesure: en changeant la Constitution, en édictant des lois liberticides quitte à contredire les engagements démocratiques pris par la Hongrie vis-à-vis de ses partenaires européens. En cause: notamment l’indépendance de la justice, la liberté de presse et les droits de la minorité rom. Mais tout ça n’était rien en comparaison avec les excès dont le gouvernement hongrois allait se rendre coupable au sujet des migrants.

Questionnaire xénophobe

En perte de vitesse dans les sondages, talonné par le Jobbik, Viktor Orban a empoigné la crise des migrants comme on le ferait d’un destrier de course. Dès la tuerie de Charlie hebdo, en janvier dernier à Paris, il a fait de l’amalgame migrants-terrorisme-islam son cheval de bataille. Grâce auquel, il a remonté la pente pour redevenir le favori des Hongrois. Son mot d’ordre, gare aux migrants, si on ne les stoppe pas, l’Europe changera radicalement il sera alors trop tard pour faire machine arrière. Il multiplie les initiatives un questionnaire xénophobe, des déclarations infamantes, et enfin construit, dès cet été, des murs hérissés de barbelés dits «rasoirs» pour empêcher l’intrusion des réfugiés par les frontières serbes et croates.

Les protestations européennes n’y changeront rien: non seulement Viktor Orban reste inflexible mais en plus il semble s’épanouir dans son rôle de paria. Et se lance même dans une surenchère verbale. Ces provocations ne sont pas gratuites, car à l’interne, sur l’échiquier hongrois, il fait fructifier l’opprobre dont il est victime sur la scène européenne.

Lire aussi l'éditorial: «Viktor Orban, notre meilleur ennemi»

Une revanche hongroise?

Comme en est-on arrivé là? Comment Viktor Orban, un étudiant tourné vers les valeurs européennes, s’est-il transformé en ennemi de la démocratie? Les deux mamelles de son nationalisme dévoyé sont la revanche que doivent prendre les Hongrois depuis qu’ils ont été lésés par le traité de Trianon, en 1920, qui a dépecé le pays au profit des voisins roumains et serbes. Deuxièmement, de manière corollaire, les étrangers, à l’origine les vainqueurs de la première guerre mondiale qui imposent leur paix à la Hongrie, sont tenus responsables du malheur hongrois et doivent donc le réparer. Dans tous les cas, à chaque problème un bouc émissaire de l’étranger est désigné: les Européens, les Juifs, les roms et désormais les migrants, au double visage, la menace culturelle représentée par l’islam et celle sécuritaire que font peser les éventuels terroristes déguisés en réfugiés.

A New York, lors de la réunion de l’ONU consacrée à la crise migratoire, mercredi après-midi, Viktor Orban n’a pas dit autre chose: «Ce n’est pas une crise de réfugiés. C’est un mouvement migratoire de masse.» Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait mis en garde ceux qui seraient tentés d’exploiter les peurs et de bâtir des murs. Viktor Orban a fait la sourde oreille.

Publicité