Seul au milieu d'un immense cube blanc, la plus subtile de ses courbes illuminée par un flot de lampes halogènes, le nouveau Volvo XC60 couleur bronze possède un charme certain. On se croirait dans un film noir et blanc colorisé, tant le contraste entre ce studio de photo et la vedette est frappant. Steve Mattin, 40 ans, le designer britannique de Volvo, est en noir de la tête aux pieds; il passe amoureusement la main sur les hanches de ce «petit» SUV, sa première œuvre complète auprès du Suédois. Ces hanches, ou le décrochement typique de la marque, au bas des fenêtres, ont une longue histoire. Dès la fin des années 60, tous les modèles Volvo des séries 140, puis 240, ont possédé cette caractéristique qui exprimait avant tout la robustesse de la voiture. Après un hiatus d'une décennie, Volvo y revient avec la berline S60, en 2000, mettant ainsi fin au dessin enfantin des Volvo. On pouvait croire que c'était pour cette marque que le terme anglais boxy avait été créé...

Seule filiale bénéficiaire du groupe Ford, Volvo a longtemps gardé les yeux rivés sur ses chiffres de production, un peu plus de 458000 véhicules en 2007, délaissant l'importance du profit généré par la vente de chacun d'entre eux. Un fabricant automobile généraliste, ce qui était le cas de Volvo jusqu'à son acquisition par Ford en 1998, n'a plus de chance de survie s'il ne produit pas au moins un million de véhicules par an. Pour Ford, la solution est limpide: Volvo va devenir le nouveau membre de la catégorie des voitures premium, celles qui font payer très cher un design, une technique et des finitions plus soignées.

Et, en la matière, Steve Mattin en connaît un rayon. Avant de reprendre le centre style du Suédois à Göteborg, il a travaillé pendant près de 20 ans chez Mercedes-Benz. C'est à lui que l'on doit les premières classe A, le tout-terrain ML ou le crossover R. Des voitures auxquelles on ne peut pas reprocher un déficit d'image.

Comment faire le pont entre une image de marque très sérieuse et celle de produits contemporains, hautement désirables et pétris de bon goût scandinave? Pour Steve Mattin, il a suffi de tordre un peu plus l'hélice formée par l'ADN de Volvo. La sécurité légendaire des voitures suédoises, et leur robustesse, tout le monde connaît. Et cela ne fait pas suffisamment vendre. Mais cette touche assez exotique de lignes claires, de matières anallergiques ou de bois blonds, dans un grand break certainement assez capable, voilà qui semble être très tendance. Et tant pis si la forme et le poids de la nouvelle voiture lui interdisent d'emblée de pouvoir chanter les vertus de l'écologie, une autre valeur inscrite de longue date dans l'ADN de la marque. Le défi de Steve Mattin n'est pas là.

Le XC60 reprend donc certains des traits emblématiques de Volvo, comme les pliures qui forment un large V sur le capot, depuis toujours, les fameuses hanches que le designer a nettement affinées ou les deux élégants arcs lumineux que forment les feux arrière. Et, au contraire du massif gros tout-terrain XC90, best-seller de Volvo, ce SUV possède la partie supérieure d'un coupé, ses prestations hors des routes asphaltées étant exprimées par les arches de roues et par les flancs.

Steve Mattin n'en fait pas mystère: il veut que d'ici quelques années une Volvo soit reconnaissable à 200 mètres dans le rétroviseur. On pourrait argumenter que c'est déjà le cas; mais rappelons-nous qu'il arrive de la marque à l'étoile, où cette dernière est pour le moins ostentatoire. D'un coup, d'un seul, le symbole de l'acier, logo de Volvo, fait exploser son sage cadre noir et s'affiche sur la XC60 de manière démesurée, occupant un bon quart de la calandre. La marque ainsi émancipée s'affiche également en cinq grandes lettres sur le coffre, prenant la moitié de l'espace. Des détails qui, selon Steve Mattin, seront fondamentaux dans la conquête de Volvo, mais qui furent l'occasion de mois de négociation avec la direction. Il n'est pas sûr que les pays voisins de la Suède apprécieront, eux qui ont toujours reproché aux Suédois une certaine arrogance. De toute façon, le marché en plus forte progression de Volvo, c'est la Russie.