Elles sont deux sur scène. Michèle Nguyen, toute de noir vêtue, et une petite marionnette, robe blanche et souliers rouges, juchée sur un lutrin. La conteuse donne vie à Vy, une fillette blessée au cœur de l'enfance, chancelante et majestueuse. Elles sont deux, et ne font qu'une pour partager leur propre histoire, en feuilletant les pages d'une partition bouleversante. D'origine belge par sa mère et vietnamienne par son père, Michèle Nguyen raconte avec une délicatesse et une intelligence remarquables les fêlures de ses jeunes années. Un talent justement récompensé en 2011 par le Molière du meilleur spectacle jeune public, en France, et le Prix de la critique (danse/théâtre), Meilleure seule en scène, en Belgique.

Après la séparation de ses parents, Vy est confiée avec ses frères et sœur à une grand-mère maternelle qui honnit ces enfants «jaunes». Le récit n'occulte pas la cruauté des adultes, ni le vertige de l'abandon. Leur empreinte est palpable, mais la grâce de la conteuse et de sa marionnette, c'est de restituer cette douleur avec justesse, sans pathos. Si cette histoire singulière touche au cœur, c'est aussi parce qu'elle met des mots et pose des gestes sur l'indicible en chacun de nous. Adepte de l'épure, Michèle Nguyen soigne ses mouvements et invite le silence. Rien, ni dans le verbe ni dans le geste, n'est superflu. Et l'humour émaillant son récit témoigne de la force de vie qui trouvera une forme d'expression inespérée à la fin du spectacle. Un dénouement d'une poésie poignante qui fait écho à une scène mémorable, celle où Vy vibre de tout son être devant les portes d'une école de danse qu'elle rêve d'intégrer.

Les personnages gravitant autour de l'héroïne sont eux aussi inoubliables, comme «La femme à l'oiseau» qui prend la fillette sous son aile, une Maghrébine truculente, ou ce garçon qui ignore tout des transports qu'il inspire à l'enfant, puis à la jeune fille. «Réécrivant mon enfance, je recouds mot à mot mes ailes, la lumière coule à nouveau dans mes veines.» Cette lumière irradie encore, longtemps après que le baisser de rideau. La mise en scène est signée d'Alberto Garcia Sanchez. Dès 10 ans.