Proche-Orient

Yariv Oppenheimer: «Les Israéliens sont victimes d’un lavage de cerveaux»

Le chef de La Paix Maintenant s’alarme devant le recul de la démocratie en Israël

La dernière fois que Yariv Oppenheimer était venu à Genève, c’était la fête. Son avion était empli de personnalités israéliennes et palestiniennes, hommes politiques, militants de la paix comme lui, représentants de la société civile. On était alors le 1er décembre 2003, et la conclusion de «l’Initiative de Genève» promettait de régler pour de bon son sort au conflit israélo-palestinien. Treize ans plus tard, l’homme est de retour à Genève dans le cadre du Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH)*. Mais celui qui est à la tête de La Paix Maintenant, le mouvement le plus connu à plaider en faveur d’une réconciliation entre Israéliens et Palestiniens, prône désormais pratiquement dans le désert. «Il n’est plus question aujourd’hui du moindre processus de paix, mais plutôt de savoir comment éviter les morts au quotidien, clame-t-il. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou n’a plus besoin de dire «non» à personne. Il n’a plus à répondre à la moindre pression politique internationale.»

La Paix maintenant continue de publier des plans détaillés de la progression des colonies israéliennes illégalement établies en Cisjordanie. «Nous sommes les gardiens de la solution des deux Etats», dit la dernière publication en date, toute en quadrichromie, montrant un territoire palestinien complètement rongé par ces colonies qui, précisément, rendent de plus en plus clairement impossible l’existence d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël.

Mais le mal, aujourd’hui, va plus loin encore. «Nous avons toujours séparé l’occupation des territoires palestiniens et la situation en Israël même.» Cependant, la frontière est plus floue que jamais. «Israël, au sein de ses frontières, reste un Etat démocratique. Mais ce caractère est sérieusement mis à mal. L’atmosphère devient de plus en plus violente.»

Le gouvernement, mené par Benjamin Netanyahou, n’en finit plus de devenir «le plus à droite de l’histoire d’Israël». Désormais, c’est à la population arabe d’Israël (près d’1,7 million de personnes, soit un Israélien sur cinq) qu’il s’en prend. Dernière initiative en discussion: la possibilité de bannir du Parlement israélien chacun de ses élus pour autant qu’une majorité de parlementaires le souhaite. Une mesure qui s’adresse en réalité aux seuls membres arabes de la Knesset. «Au lieu de les considérer comme des interlocuteurs en vue de discussions légitimes, Israël les bannit. L’État envoie un message clair aux Arabes: «Vous êtes tous des traîtres.» Notre lutte se rapporte maintenant à cette manière de penser qui ne cesse de gagner du terrain en Israël.»

L’étranglement des droits démocratiques concerne aussi les associations à l’oeuvre en Israël, assimilées désormais au camp de l’ennemi. «Au sein de la population israélienne, nous avons la réputation d’être des patriotes, ce qui met La paix Maintenant relativement à l’abri de ces attaques. Mais la manière de s’en prendre systématiquement aux ONG est aussi pernicieuse que dangereuse pour la nature même du pays», insiste Yariv Oppenheimer.

Faute du moindre relais politique, et face à cette «droitisation» générale, c’est le militant qu’on appelle sur les plateaux télé pour donner la réplique au discours ambiant. Mais Oppenheimer l’avoue: si son organisation entend bien rester fidèle à ses principes, elle doit néanmoins moduler son message tant il devient inaudible pour le plus grand nombre. «Je sais ce que ce terme implique, mais Netanyahou a bel et bien entrepris un «lavage de cerveau» à grande échelle des Israéliens. Son discours constant consiste à nous façonner comme des victimes entourées d’une «jungle» d’adversaires plus terrifiants les uns que les autres. Le simple fait de prôner la paix revient ainsi à vous placer dans le camp des ennemis de la patrie.»

Le boycott des produits provenant des colonies? La Paix Maintenant y est favorable, mais sans pouvoir le dire trop fort. Le dialogue avec les Palestiniens? Pas moyen d’y faire allusion tant que dure «l’Intifada des couteaux» et les agressions commises par les jeunes Palestiniens, rendus précisément extrémistes par l’absence de toute issue politique… Yariv Oppenheimer sourit: «Nous avons besoin de garder le soutien des Israéliens. C’est un travail chaque jour plus difficile, mais aussi plus nécessaire que jamais.»


* Yariv Oppenheimer participe à un débat dimanche 6 mars à 18 heures. Renseignements: www.fifdh.org

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