Quelques stations de télévision étrangères sont installées devant le tribunal de district de Zurich à la Badenerstrasse, bâtiment qui abrite également la prison de district de la ville. Mais rien n’indique que Roman Polanski se trouve bien là.

«Pour garantir l’ordre et la sécurité de l’exploitation, nous ne pouvons pas dire où est incarcéré Roman Polanski», explique Rebecca de Silva, porte-parole de l’Office zurichois d’exécution des peines. Entre Berne et Zurich, on se renvoie la balle sur les conditions de détention du régisseur. Seule certitude, Roman Polanski bénéficie des standards minimums garantis par les autorités zurichoises: une heure de promenade par jour, une heure de visite par semaine réservée à son épouse. Il pourrait même, mais il n’y est pas obligé, travailler pendant six heures par jour au maximum, coller des enveloppes ou des boîtes en carton par exemple, précise encore Rebecca de Silva.

Le Tages-Anzeiger, sur son site internet, prend un malin plaisir à semer le doute. Neuf prisons sur le territoire du canton peuvent en théorie accueillir l’hôte illustre. Les journalistes étrangers attendent probablement devant le faux bâtiment, car il y a de fortes chances que l’on ait emmené la star dans une petite prison en dehors de la ville. Une thèse confirmée par la discrétion avec laquelle la femme du régisseur, l’actrice Emmanuelle Seigner, a pu lui rendre visite lundi. Même le Blick n’est pas arrivé à la surprendre, et a publié d’elle une photo prise à son retour à Paris.

Un maître du barreau

Les médias étrangers ont aussi fait le pied de grue quelques rues plus loin devant le cabinet de Lorenz Erni, l’avocat suisse de Roman Polanski. Ce maître du barreau a notamment défendu l’ancien patron de Swissair Philippe Bruggisser, le financier Martin Ebner lorsqu’il a été accusé de délit d’initiés ou encore le banquier privé Oskar Holenweger, dans l’affaire qui l’a opposé à l’ancien procureur de la Confédération Valentin Roschacher.

Assignation à résidence?

Roman Polanski espère bien ne pas s’éterniser. Il demande, a précisé son avocat parisien, Hervé Temime, à être assigné à résidence dans son chalet de Gstaad. Si l’on s’en tient, toutefois, à la lettre de la loi, ses chances sont minces. «Le principe, explique l’ancien procureur genevois et ancien juge au Tribunal pénal fédéral (TPF) Bernard Bertossa, est que l’Etat requis, en l’espèce la Suisse, doit assurer l’extradition. Et le plus souvent, la détention du suspect est le seul moyen d’obtenir cette assurance.» Un suspect qui, en général, se retrouve en détention extraditionnelle parce qu’il a fui la justice de son pays…

Formellement, une libération est possible, précise la loi fédérale sur l’entraide internationale en matière pénale (EIIMP), «si la personne ne peut pas subir l’incarcération ou si d’autres motifs le justifient». Une formulation relativement vague qui a jusqu’ici été interprétée de façon très stricte par les autorités judiciaires.

Parmi les motifs que Roman Polanski pourrait invoquer, l’avocat genevois Maurice Harari, bon connaisseur de l’entraide internationale, cite son âge, le fait qu’il possède à Gstaad un chalet où il pourrait résider et le fait qu’il ne recouvrera, pas, en cas de fuite, sa liberté de mouvement antérieure. La jurisprudence, reconnaît-il toutefois, ne laisse que de minces chances à ces arguments.

Mais la possibilité existe. Et au vu de l’émotion soulevée par l’arrestation du cinéaste, elle pourrait, même mince, offrir une échappatoire tentante à des autorités peu convaincues de la manœuvre menée jusque-là. Envisageable? «Je ne vois pas comment ce serait possible sans violer la loi, assène Bernard Bertossa.»

Reste une autre voie, tout aussi étroite: contester la validité même du mandat d’arrêt. C’est vraisemblablement ce que les avocats du cinéaste s’apprêtent à faire dans le recours qu’ils ont déposé au TPF. Ils combattront sans doute aussi la demande d’extradition elle-même. Mais sur cet aspect des choses, la justice Suisse ne peut, en principe, exercer qu’un contrôle très formel.